L’enseignant, éveilleur d’identité

gizmodo.fr
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Affirmer son identité, c’est être capable de dire et de vivre le « Je », en prenant humblement sa juste place, originale et créative, sans écraser l’autre ni le fuir.

Forger son identité, c’est s’engager dans une quête longue et complexe, de plus en plus subtile, qui peut sans doute être considérée comme le défi majeur des adolescents, même si elle se poursuit tout au long de l’existence. Face à cette route qui s’offre à eux, leurs chances de départ ne sont pas égales. Les difficultés, en effet, varient beaucoup selon la famille dans laquelle ils ont grandi, leur héritage culturel et social, mais aussi en fonction du regard que la collectivité aura porté sur eux et leur environnement.

Si l’école peut encore rendre un grand service à la société aujourd’hui, c’est bien celui de réparer les inégalités, en créant les conditions pour que chaque enfant, chaque jeune puisse redresser la tête, en développant la confiance dans sa singularité et en découvrant que l’on ne peut que se réjouir de la richesse engendrée par le partage des différences.

Une des missions principales de l’école consiste donc à INCARNER la tolérance, parce que l’enfant apprend avant tout par mimétisme et qu’il est davantage sensible aux attitudes de l’adulte qu’à son enseignement. Le professeur doit donc être un exemple d’ouverture.

Ensuite, de petits réflexes constants peuvent être facilement adoptés par chaque enseignant. Comme celui de favoriser très régulièrement des espaces pour que chacun soit écouté dans ses émotions, ressentis, ou idées.

Personnellement, à chaque début de cours, je fais passer un bâton de parole pour que chacun puisse tour à tour exprimer son sentiment du moment.

De plus, lorsque nous lisons un texte, écoutons un témoin, visionnons un documentaire, etc., nous nous transmettons également le bâton et ce, en deux temps : la première fois, nous traduisons l’émotion suscitée par l’activité. Et lors du deuxième passage, nous abordons les enseignements que chacun a pu retirer de l’animation.

Et je peux affirmer que ces simples habitudes ont transformé la manière dont mes élèves se présentent. Il y a quelques années, lorsque le caïd de la classe avait décrété que telle lecture était nulle, je savais que la partie était perdue et que tous les jeunes allaient abonder dans son sens. Or aujourd’hui, je me réjouis de leur capacité à partager des émotions et des avis, parfois aux antipodes les uns des autres, et j’éprouve énormément de plaisir à les féliciter, chaque fois que je le peux de cette présence forte et solide, comme j’ai pu le faire cette semaine encore.

Il reste néanmoins de très rares irréductibles qui mettront plus de temps à comprendre le message que je distille implicitement à travers mes cours. Ce sont souvent des jeunes qui croient avoir un bon esprit critique et ne prennent pas conscience qu’ils généralisent leur vécu. Dernièrement, l’un d’entre eux affirmait que ceux qui ne parlaient pas comme lui étaient des hypocrites. Dans pareil cas, je n’hésite pas à reprendre vertement mon élève en lui demandant s’il se prend pour le centre de la terre et en reprécisant le cadre dans lequel je désire que nous échangions.

Ces coups de gueule, qui ne visent pas la personne elle-même, mais bien son comportement, semblent très bien compris par mes classes et apparaissent tout aussi formateurs, pour autant bien sûr qu’ils soient occasionnels.

En tant qu’enseignants, nous avons donc à notre portée des outils tout simples et néanmoins extrêmement efficaces pour donner à chaque jeune la possibilité de se créer une identité respectueuse de lui-même et de tous ceux qu’il côtoie. Quelle chance nous avons là !

NB : Vous trouverez d’autres petites recettes qui permettent d’éveiller l’identité dans la catégorie « recettes ».

Des talents au service de tous

Outil facile à mettre en place à l’école : un révélateur de talents

 

goulddesigninc.wordpress.com
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Objectifs 

 Concernant les professeurs, les directeurs et le personnel dans son ensemble :

  • Permettre à chacun de ne pas être réduit à sa fonction principale, mais de pouvoir être reconnu dans ses talents en les mettant au service de tous.
  • Prendre conscience qu’une personne qui se sent utile s’engage avec d’autant plus d’enthousiasme dans son travail.
  • Apporter de la souplesse dans le travail et des échanges fructueux entre collègues. Sortir d’un cadre trop rigide qui risque d’éteindre la créativité et le dynamisme.
  • Permettre à chacun de faire sans cesse évoluer sa personnalité et ses forces.
  • Induire davantage de plaisir au travail.

Concernant les élèves :

  • Permettre à chaque jeune d’avancer de plus en plus subtilement dans la connaissance de lui-même, de ses forces et de ses faiblesses.
  • Lui donner des espaces d’expérimentation de ses talents pour les confronter à la réalité et en affiner la perception.
  • Ouvrir implicitement une réflexion sur sa place et son utilité dans la société.
  • Développer la confiance en soi.
  • Permettre au professeur d’avoir une vue plus globale de son élève pour ne pas le réduire à un simple apprenant. Lui donner la possibilité de découvrir et d’encourager les forces du jeune qu’il a dans sa classe.
  • Encourager avec sérieux des potentiels a priori extérieurs aux matières scolaires pour sortir de la rigidité engendrée par le cadre et faire des ponts entre la vie à l’école et le projet global de l’élève.
  • Permettre au jeune de dessiner peu à peu son projet de vie en se confrontant plus souvent à des expériences concrètes.
  • Induire davantage de plaisir à l’école

 Concernant tout le monde : rassembler, créer des synergies, développer la créativité et le dynamisme. Nourrir la confiance en soi et la joie de vivre.

 

 Réalisation concrète

 

 Sur un logiciel, un blog, une plateforme…

L’école fournit une liste de compétences la plus complète possible.[1]

En regard, on veille à y accoler trois petites colonnes.

À chaque rentrée scolaire (il est possible de se réévaluer en fonction des expériences vécues et de la connaissance plus subtile que chacun aura de lui),

– dans la première colonne, chaque personne est amenée à cocher tous ses talents.

– dans la deuxième, elle coche, parmi ces derniers, ce qu’elle aime réellement faire, les talents dans lesquels elle s’épanouit vraiment.

– dans la troisième, elle coche au grand maximum 5 talents qu’elle aimerait mettre au service de l’école et/ou de sa classe durant l’année.

Pour l’école et pour chaque classe, il y aurait la possibilité d’accéder à un répertoire de talents suivis de noms, que tous les acteurs de l’école seraient amenés à consulter.

En ce qui concerne chaque classe, une activité pourrait se faire au début d’année avec le titulaire afin que chacun puisse partager ce qu’il pense déjà savoir de lui à ce moment-là.

 

 Dans la pratique, quelques exemples :

 

Donner des exemples dans ce domaine est très réducteur parce que presque tout deviendrait possible à tous niveaux.

 Je suis directeur et je me rends compte qu’un de mes professeurs de math est engagé dans la défense de l’environnement. Je voudrais créer un projet d’école autour de ce thème. Je lui demande de bien vouloir collaborer avec moi dans ce domaine. Que peut-il nous apporter concrètement ? Y a-t-il des élèves qui rêveraient de se joindre à un projet de ce type ? Etc.

Je suis directeur et j’apprends qu’un de mes professeurs de français est très créatif. Or, les professeurs d’art ont justement besoin de soutien pour réaliser un projet qui leur demande davantage de participants. Serait-il prêt à renforcer les troupes ?

Je suis directeur et je sais qu’un de mes professeurs adore bricoler…

Je suis directeur et je sais qu’un des professeurs a les capacités et l’envie de rassembler de nombreuses personnes autour d’un spectacle d’école ou d’un projet humanitaire, etc.

 

Je suis professeur et je me rends compte qu’un de mes collègues peut m’aider dans un domaine qui m’attire et pour lequel j’aimerais me former davantage.

Je suis professeur et je voudrais former une petite équipe de gens passionnés dans un domaine précis…

Je suis secrétaire et je voudrais réussir une belle fête à l’école pour telle occasion… J’ai une idée précise des talents dont j’aurais besoin, pour l’animation, la décoration, etc.

Je suis comptable et je découvre qu’un élève aimerait se tester dans un domaine où il pourrait vraiment me donner un coup de pouce de temps en temps à ses heures de fourche.

Je suis ouvrier et je voudrais qu’un élève ou un professeur qui adore bricoler vienne m’aider de temps à autres….

Je suis professeur et je voudrais créer un projet avec ma classe. J’aimerais me laisser interpeller d’abord par les forces et les envies de tous avant d’imposer une idée trop rigide.

Tel élève ne réussit pas bien chez moi. Par contre, j’apprends qu’il a de grands talents en judo. Cette découverte me permet de ne pas me focaliser sur ses limites dans mon cours, mais de m’intéresser à ses forces vives.

 

Je suis un élève et je voudrais former un groupe de musique ou un spectacle entre musique, danse, théâtre.

Je suis un élève et j’aimerais me faire aider en sciences. Je découvre, par le biais du répertoire, un plus grand qui se dit fort en sciences et apte à transmettre.

[1] On peut s’inspirer du tableau suivant : http://www.toilejeunesse.centre-du-quebec.qc.ca/client/uploads/Librairies/Fichiers/Mes%20aptitudes.pdf

Et les valeurs, bordel !

 

businesspme.com
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Entre l’école des savoirs et l’école des valeurs, j’opte résolument pour la deuxième, même si le propos mériterait d’être nuancé. Parmi les nombreux arguments à faire valoir, je ne peux qu’inviter chacun de nous à se poser les questions suivantes : qu’avons-nous réellement retenu des apprentissages dispensés à l’école en termes de savoirs proprement-dits ?  Comment avons-nous appris et intégré pour notre vie les connaissances qui nous sont nécessaires et dont nous nous servons aujourd’hui ?

S’il n’a pas pratiqué les mathématiques dans son travail, qui peut dire, hormis les passionnés, qu’il se souvient de ses cours ? S’il n’a pas voyagé, rencontré des étrangers, visionné des films ou lu des ouvrages, qui peut dire qu’il parle correctement la langue étudiée à l’école ? Qui pourra se targuer un jour de connaître par cœur les articles de lois que certains philosophes voudraient enseigner ? À l’inverse, combien parmi nous ont-ils appris une langue étrangère sur le tas, par besoin ou par plaisir ? Ou encore, combien parmi nous ont-ils le sentiment d’avoir décuplé leurs connaissances grâce à leur pratique professionnelle ou leurs passions ?

Face à ces observations, qui me paraissent sans appel pour démontrer que l’école ne peut pas être avant tout un lieu de transmission des savoirs, je conviens qu’il est important de s’interroger alors sur ce qu’elle nous a réellement légué. Là aussi, une « introspection » s’avère nécessaire, car les réponses positives peuvent s’avérer précieuses lorsqu’il s’agit de réinventer l’enseignement. Il n’est pas question, en effet, de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Pour cette raison, j’aimerais beaucoup que l’exercice soit pratiqué non seulement par nous tous, mais aussi par nos ministres, nos créateurs de programmes pédagogiques, ou encore nos professeurs d’agrégation. Sans doute serions-nous obligés de revenir à l’essentiel ?

Et l’essentiel, parlons-en ! Les savoirs intellectuels, mis aujourd’hui à la portée d’un simple clic sur internet, n’ont jamais empêché quiconque de nuire ou de perpétrer des actes barbares. Dans ce monde où l’individualisme et la compétition sont poussés à outrance, l’intelligence mentale ne rend pas heureux, et elle devient trop souvent un outil pour réussir à tout prix, c’est-à-dire même au détriment des autres. Où pouvons-nous nous interroger sur le sens de notre vie, de nos actions ? Où pouvons-nous encore apprendre à vivre harmonieusement ensemble, à faire de nos différences des richesses, à découvrir que nos performances se démultiplient lorsque nous associons nos forces, que nos joies sont plus intenses lorsque nous sommes tous heureux et non lorsque nous faisons partie d’un petit groupe de chanceux ? L’école ne pourrait-elle devenir ce lieu béni ? Un lieu d’expériences où l’on apprend en vivant, parce qu’on ne retient vraiment que ce que l’on a expérimenté…

Une puissante potion magique

osezlebienetre.com
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En ce moment de commémorations de la grande guerre ou de la shoah, et même au travers des derniers événements, nous découvrons combien les personnalités se révèlent lorsqu’elles sont confrontées à l’horreur ou l’anéantissement. Nous serions d’ailleurs bien en peine de deviner notre réaction si nous étions plongés dans une telle situation. Qui pourrait affirmer qu’il deviendrait un héros plutôt qu’une épave ?

Mais aujourd’hui, en Occident, où la grande majorité d’entre nous se trouve à l’abri du froid, de la faim et de la violence, nous avons à faire face à une guerre bien plus sournoise qui gangrène notre confiance en nous et en notre société, en distillant la peur et la morosité. Au milieu de cette guerre, une forme d’héroïsme est accessible à tous, lorsque nous nous rappelons  que ce sont notre regard et nos paroles qui créent la réalité, en lui donnant ses couleurs.

Aujourd’hui, qui que nous soyons, nous avons la possibilité de prendre pacifiquement les armes, en choisissant de bannir le plus possible de nos conversations les plaintes et les gémissements, les reproches et les critiques, afin d’éviter d‘alimenter les zones d’ombre de l’environnement, tout en donnant à la « lumière » la possibilité de s’étendre et de nous éclairer.

Nous nous surprendrons bien sûr à nous lamenter, c’est humain – nous ne pouvons pas toujours rester au sommet de notre être – et il ne sera pas nécessaire pour autant de nous juger, car nous pourrons profiter de nos constats comme autant de réveils au meilleur de nous et… à la gratitude.

En effet, pour nous battre, il nous est donné une potion magique extrêmement puissante, le merci. Merci d’être en vie, merci d’être en relation, merci du chemin parcouru, de la leçon apprise, du lever de soleil, du sourire échangé, etc. Merci de cette joie profonde et immuable qui sous-tend toutes nos émotions passagères et que nous pouvons effleurer de temps à autres !

Une lourde responsabilité nous incombe à tous et plus spécialement encore à nous les parents, les enseignants, les journalistes ou les acteurs politiques ! Quelles couleurs choisissons-nous de mettre à nos regards et à nos paroles ? Quel monde choisissons-nous d’encourager à créer ?

École : les « dys » n’existent pas

 

123sejours.com
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De plus en plus de professeurs, de spécialistes bien intentionnés, de firmes pharmaceutiques moins généreuses sans doute, dépensent leur énergie pour accompagner les élèves dits à problèmes, c’est-à-dire les dyslexiques, les dyscalculiques, les TDAH, les HP et j’en passe. On peut ajouter à cette liste les enfants en décrochage ou les phobiques. Avec le temps et les observations, les « maladies » étranges se multiplieront à coup sûr.

Mais s’il n’y avait pas de réel problème ? Si les difficultés rencontrées par certains jeunes n’étaient que le révélateur de normes aléatoires et dépassées ? En se regardant dans le miroir de ses enfants en mal d’apprendre, l’école peut y voir son propre handicap : une inadéquation à l’évolution des consciences.

L’école tout entière est à réinventer : il faut pour cela un déplacement du cadre et de l’autorité, ceci afin de permettre à chacun de développer ses talents uniques et donner la pleine mesure de ses possibilités, en tenant compte de ses limites particulières.

Déplacer le cadre, c’est offrir une souplesse absolue en ce qui concerne les matières et les horaires. Déplacer l’autorité, c’est accorder aux professeurs la permission de vivre leur vocation première, c’est-à-dire non pas sanctionner des matières non comprises ou non apprises, mais se mettre au service de chaque être qui souhaite apprendre des connaissances qu’il peut lui transmettre.

La nouvelle autorité de l’éducateur, comme celle du parent, si bien évoquée par Denis Marquet[1], sera d’encourager l’enfant à écouter la transcendance de son Désir profond, c’est à dire l’appel particulier de la Vie en lui, et d’y répondre sans relâche, en évitant les tentations de l’immédiat et du plaisir facile. (Entre son envie de jouer à la PlayStation et son Désir de devenir médecin ou guitariste, par exemple.)

Dès lors, l’évaluation ne pourra plus se faire en sens unique mais devra se baser sur un dialogue authentique entre le jeune et son professeur : quelle est ma situation aujourd’hui par rapport aux objectifs que je me suis fixés et les connaissances actuelles dans ce domaine que le spécialiste que j’ai devant moi peut m’enseigner ?

Au sein d’une telle école, dans laquelle il n’y aurait d’autre obligation que le respect de sa véritable dignité et celui de tous les êtres vivants, l’apprentissage ne s’arrêterait que lorsque le jeune aurait l’impression d’avoir épuisé tout ce qui était bon pour lui, de la même façon que l’on change de maître de musique lorsque l’ancien nous a appris tout son savoir personnel.

Si l’école répond à ces promesses de découvrir et de nourrir la singularité de chacun, il est peu probable que l’on se heurte ensuite à des difficultés de trouver un emploi, car la richesse particulière de tout être peut trouver une utilité au service de la société, dans des métiers sans doute à réinventer sans cesse.

Oser une telle métamorphose demande de lâcher-prise, d’oser l’inconnu, de risquer de se tromper. Mais ne vaut-il pas mieux errer dans le nouveau que de s’enferrer dans un ancien qui ne donne plus de fruits ? Quelle belle aventure nous attend là !

 

 

[1] Denis Marquet, Nos enfants sont des merveilles, Les clés du bonheur d’éduquer, Nil, 2012