Un cours de citoyenneté, oui, mais lequel ?

mairielozanne.fr
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Un cours de citoyenneté, oui, mais lequel ?

 

L’idée est dans l’air du temps : il faut redonner à nos jeunes le sens du civisme. Afin d’y parvenir, nos ministres s’engagent à remplacer une heure de cours de religion par une heure de citoyenneté. Personnellement, il me semble que, pour réussir un tel projet, il est avant tout capital d’en définir le but, c’est-à-dire ce qu’on entend par former un citoyen.

Un citoyen, ne serait-ce pas celui qui prend soin de son environnement, de la nature et des hommes qu’il côtoie au sein de la société et du monde, par une qualité d’être qui transpire dans ses moindres actions ?

Si tel est le cas, un citoyen n’est-il pas celui qui a appris à ressentir dans ses tripes que l’autre vit des joies, des peines, des peurs semblables aux siennes ? Ne serait-ce pas celui qui sait au plus profond de lui que l’autre, croyant ou non, est habité comme lui par une dimension qui le dépasse et le relie à tous et à l’univers tout entier ?

Ne serait-ce pas celui dont le sens de l’existence repose spontanément sur l’envie d’être utile au monde, à la planète ? Celui qui s’émerveille de l’harmonie de l’univers et ne peut donc faire autrement que d’en prendre soin ? Celui qui devine la beauté qui sommeille en chaque être et ne peut vouloir autre chose que son bien ?

Mais comment un être humain peut-il avoir accès à cet état de reconnaissance et de responsabilité s’il n’a pas d’abord appris à se re-connaître lui-même, à retrouver le goût de son essence et de son potentiel, s’il n’a pas appris à s’aimer et à prendre soin de lui de manière responsable ?

Voilà bien une démarche qui s’adresse à l’être dans sa globalité, à son corps, ses affects et son intériorité, une démarche qui en appelle non seulement au cerveau gauche, mais surtout à l’intelligence émotionnelle et affective. En effet, nous avons appris à nos dépens combien un jeune dit intelligent, à la lumière du mental, peut manifester une totale absence d’empathie envers ses semblables et être à l’origine des horreurs les plus inconcevables. Il est tout à fait possible de réussir brillamment ses études et de devenir un fou meurtrier.

Alors, un cours de citoyenneté pour créer des citoyens soucieux du bien de tous ? Peut-être, mais encore faut-il s’en donner les moyens humains, en comprenant que cette qualité, innée sans doute et perdue, entre autres, par une école qui ressemble à la société qu’elle réprouve, c’est-à-dire basée sur des valeurs essentiellement masculines de rapidité et de compétition plutôt que d’écoute et de coopération, se retrouve et se nourrit par l’expérience intérieure du respect de ses émotions, de ses besoins et de sa nature profonde. Comme le disent depuis si longtemps tous nos penseurs et le rappelle si bien Thomas d’Ansembourg, « nous n’allons pas, par miracle, respecter l’humain et la nature au-dehors si nous n’avons pas appris à respecter l’humain et la nature au-dedans. »

Sans doute, donner des cours de religion comme cela se faisait auparavant n’a plus guère de sens aujourd’hui. Mais combien de professeurs enseignent-ils encore une religion bien précise à laquelle se conformer ? Dans l’enseignement catholique, il me semble que les objectifs visent avant tout à proposer aux élèves des pistes, tant spirituelles que psychologiques et philosophiques, pour qu’ils trouvent leurs propres réponses. Il serait dommage en tout cas, de jeter la dimension intérieure inhérente à chaque être humain, même athée, avec l’eau de l’enveloppe qu’elle a prise dans les différentes religions.

D’ailleurs, beaucoup de nos voisins français nous envient ces cours que nous appelons encore « cours de religion ». Et lorsque nous nous interrogeons sur la nécessité de donner des cours de citoyenneté et de philosophie, nous pouvons nous poser la question : où voyons-nous que les jeunes français ont acquis davantage de qualités humaines que les nôtres, eux qui reçoivent des cours de philo ?

Il est urgent de comprendre que notre école ne formera des citoyens que si elle accepte de se remettre fondamentalement en question, si elle s’articule autrement et redonne une place prépondérante à la joie, l’enthousiasme, la douceur, l’écoute, la reliance et la coopération. Ce n’est pas un cours qui fera la différence, c’est tout un système qu’il faut réformer de fond en comble. Avons-nous besoin de nouveaux « Charlie Hebdo ? Avons-nous besoin que ça pète pour en prendre conscience ?

En colère

 

 

pcbigouden.over-blog.com
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Je suis en colère contre le système scolaire qui déresponsabilise les enfants en les plaçant dans une relation frontale. Ils se vivent au combat qui les oppose à leurs professeurs, donneurs de notes, plutôt qu’au sein d’un processus qui peut les aider à se rapprocher de leur potentiel et de leur projet de vie.En fin de compte, la plupart des jeunes finissent par viser le minimum requis en oubliant de s’interroger sur la valeur du diplôme qu’ils sont en train de se construire. La plupart des jeunes se sabotent inconsciemment…

Je suis en colère contre le système scolaire qui paralyse la créativité et le dynamisme des professeurs, en leur donnant des balises tellement précises qu’ils n’ont plus d’autre choix que d’avancer le nez sur le guidon et sur leur sacro-saint programme.Les enseignants n’ont pas le temps de s’interroger sur le sens de l’éducation, sur les fondements de leur pratique, pas le temps d’écouter leurs élèves comme ils le souhaiteraient, pas le temps de partager un enthousiasme commun, pas le temps… et bien vite, plus d’énergie…Ils sortent aigris de ce rapport de force dans lequel ils deviennent bourreaux malgré eux.Beaucoup de professeurs sortent usés de cette aventure et attendent leur retraite avec impatience…

Aujourd’hui, nombre d’entre eux sont tellement las du comportement de leurs élèves qu’ils déploient le peu d’énergie qui leur reste à rechercher le cadre disciplinaire le plus adéquat pour le travail et pour l’étude. Cette quête effrénée d’une solution extérieure, souvent punitive, qui tente par tous les moyens de canaliser l’attention des jeunes,[1]en renforçant les murs de leur école/prison, me fait penser à de nombreuses solutions générées par la peur de maints gouvernants et spécialement de l’extrême droite : plutôt que de prendre conscience que des jeunes se réfugient dans la délinquance ou le radicalisme parce qu’on ne leur a pas donné la possibilité de se forger une identité positive et reconnue par tous, plutôt que de travailler en amont sur l’accueil, et surtout sur l’écoute des véritables besoins d’enfants aux richesses multiples, les états se barricadent de plus en plus en se militarisant.

Et si nous prenions de l’altitude ? Si nous prenions conscience que les enfants du XXIe siècle ne sont plus ceux d’antan ? Si nous acceptions de les laisser nous dire qui ils sont aujourd’hui, le besoin qu’ils ont d’évoluer de façon horizontale, côte à côte, en synergie. Si nous nous rendions accessibles au désir qu’ils ont de nous sentir partenaires de leurs projets personnels, projets qui, seuls, ont le pouvoir de donner du sens à une démarche d’apprentissage ?

Se laisser interpeller par eux, c’est accepter de lâcher prise. D’où vient que nous soyons si persuadés qu’il leur est nécessaire de connaître toutes les matières enseignées à l’école, qui plus est, sous un angle bien précis ?D’où nous attribuons-nous le pouvoir de décider qu’un jeune a acquis ou non les bases nécessaires pour s’envoler de ses propres ailes ?Sommes-nous au courant des avancées de « la neurobiologie moderne (qui) a démontré que (…) le cerveau se développe là où nous l’utilisons avec enthousiasme ! »[2]

Redonner du sens, écouter nos enfants nous parler de leurs émotions, de leurs rêves, leur rendre leur pouvoir sur leur vie en les encourageant à écouter la transcendance de leur Désir profond[3], les aider à canaliser leurs forces vers l’expression toujours plus concrète de leur potentiel, cultiver avec eux le plaisir d’évoluer ensemble, voilà quelques pistes pour réformer l’école, si l’école peut avoir encore une quelconque utilité.

Permettons à chaque jeune d’avancer vers une vision toujours plus claire de son potentiel et de ses rêves et ce, en mettant en place des outils concrets de connaissance de soi et de confrontation à la réalité dès les premières années.[4]Supprimons le caractère sanctionnant des évaluations pour ne leur laisser qu’un rôle d’information afin que chacun s’y mesure en fonction de ses projets.Professeurs et élèves, retrouvons l’enthousiasme du jeu si propice à l’apprentissage !

Et sortons enfin de l’idée qu’il faut souffrir pour apprendre ! Ce sont la joie et la complicité qui nous donnent l’envie de nous dépasser sans cesse, pas vrai ?

 

[1] Je visualise un ballon plein de trous que l’on essayerait de colmater par tous les moyens. Dès qu’un orifice est rebouché, d’autres apparaissent à d’autres endroits.

[2] André Stern, Semeurs d’enthousiasme, Manifeste pour une écologie de l’enfance, L’Instant présent, 2014

[3] Propos inspirés par Denis Marquet, Nos enfants sont des merveilles, Les clés du bonheur d’éduquer, Nil, 2012

[4] Voir mon article intitulé « Des talents au service de tous »

L’enseignant, éveilleur d’identité

gizmodo.fr
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Affirmer son identité, c’est être capable de dire et de vivre le « Je », en prenant humblement sa juste place, originale et créative, sans écraser l’autre ni le fuir.

Forger son identité, c’est s’engager dans une quête longue et complexe, de plus en plus subtile, qui peut sans doute être considérée comme le défi majeur des adolescents, même si elle se poursuit tout au long de l’existence. Face à cette route qui s’offre à eux, leurs chances de départ ne sont pas égales. Les difficultés, en effet, varient beaucoup selon la famille dans laquelle ils ont grandi, leur héritage culturel et social, mais aussi en fonction du regard que la collectivité aura porté sur eux et leur environnement.

Si l’école peut encore rendre un grand service à la société aujourd’hui, c’est bien celui de réparer les inégalités, en créant les conditions pour que chaque enfant, chaque jeune puisse redresser la tête, en développant la confiance dans sa singularité et en découvrant que l’on ne peut que se réjouir de la richesse engendrée par le partage des différences.

Une des missions principales de l’école consiste donc à INCARNER la tolérance, parce que l’enfant apprend avant tout par mimétisme et qu’il est davantage sensible aux attitudes de l’adulte qu’à son enseignement. Le professeur doit donc être un exemple d’ouverture.

Ensuite, de petits réflexes constants peuvent être facilement adoptés par chaque enseignant. Comme celui de favoriser très régulièrement des espaces pour que chacun soit écouté dans ses émotions, ressentis, ou idées.

Personnellement, à chaque début de cours, je fais passer un bâton de parole pour que chacun puisse tour à tour exprimer son sentiment du moment.

De plus, lorsque nous lisons un texte, écoutons un témoin, visionnons un documentaire, etc., nous nous transmettons également le bâton et ce, en deux temps : la première fois, nous traduisons l’émotion suscitée par l’activité. Et lors du deuxième passage, nous abordons les enseignements que chacun a pu retirer de l’animation.

Et je peux affirmer que ces simples habitudes ont transformé la manière dont mes élèves se présentent. Il y a quelques années, lorsque le caïd de la classe avait décrété que telle lecture était nulle, je savais que la partie était perdue et que tous les jeunes allaient abonder dans son sens. Or aujourd’hui, je me réjouis de leur capacité à partager des émotions et des avis, parfois aux antipodes les uns des autres, et j’éprouve énormément de plaisir à les féliciter, chaque fois que je le peux de cette présence forte et solide, comme j’ai pu le faire cette semaine encore.

Il reste néanmoins de très rares irréductibles qui mettront plus de temps à comprendre le message que je distille implicitement à travers mes cours. Ce sont souvent des jeunes qui croient avoir un bon esprit critique et ne prennent pas conscience qu’ils généralisent leur vécu. Dernièrement, l’un d’entre eux affirmait que ceux qui ne parlaient pas comme lui étaient des hypocrites. Dans pareil cas, je n’hésite pas à reprendre vertement mon élève en lui demandant s’il se prend pour le centre de la terre et en reprécisant le cadre dans lequel je désire que nous échangions.

Ces coups de gueule, qui ne visent pas la personne elle-même, mais bien son comportement, semblent très bien compris par mes classes et apparaissent tout aussi formateurs, pour autant bien sûr qu’ils soient occasionnels.

En tant qu’enseignants, nous avons donc à notre portée des outils tout simples et néanmoins extrêmement efficaces pour donner à chaque jeune la possibilité de se créer une identité respectueuse de lui-même et de tous ceux qu’il côtoie. Quelle chance nous avons là !

NB : Vous trouverez d’autres petites recettes qui permettent d’éveiller l’identité dans la catégorie « recettes ».

Des talents au service de tous

Outil facile à mettre en place à l’école : un révélateur de talents

 

goulddesigninc.wordpress.com
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Objectifs 

 Concernant les professeurs, les directeurs et le personnel dans son ensemble :

  • Permettre à chacun de ne pas être réduit à sa fonction principale, mais de pouvoir être reconnu dans ses talents en les mettant au service de tous.
  • Prendre conscience qu’une personne qui se sent utile s’engage avec d’autant plus d’enthousiasme dans son travail.
  • Apporter de la souplesse dans le travail et des échanges fructueux entre collègues. Sortir d’un cadre trop rigide qui risque d’éteindre la créativité et le dynamisme.
  • Permettre à chacun de faire sans cesse évoluer sa personnalité et ses forces.
  • Induire davantage de plaisir au travail.

Concernant les élèves :

  • Permettre à chaque jeune d’avancer de plus en plus subtilement dans la connaissance de lui-même, de ses forces et de ses faiblesses.
  • Lui donner des espaces d’expérimentation de ses talents pour les confronter à la réalité et en affiner la perception.
  • Ouvrir implicitement une réflexion sur sa place et son utilité dans la société.
  • Développer la confiance en soi.
  • Permettre au professeur d’avoir une vue plus globale de son élève pour ne pas le réduire à un simple apprenant. Lui donner la possibilité de découvrir et d’encourager les forces du jeune qu’il a dans sa classe.
  • Encourager avec sérieux des potentiels a priori extérieurs aux matières scolaires pour sortir de la rigidité engendrée par le cadre et faire des ponts entre la vie à l’école et le projet global de l’élève.
  • Permettre au jeune de dessiner peu à peu son projet de vie en se confrontant plus souvent à des expériences concrètes.
  • Induire davantage de plaisir à l’école

 Concernant tout le monde : rassembler, créer des synergies, développer la créativité et le dynamisme. Nourrir la confiance en soi et la joie de vivre.

 

 Réalisation concrète

 

 Sur un logiciel, un blog, une plateforme…

L’école fournit une liste de compétences la plus complète possible.[1]

En regard, on veille à y accoler trois petites colonnes.

À chaque rentrée scolaire (il est possible de se réévaluer en fonction des expériences vécues et de la connaissance plus subtile que chacun aura de lui),

– dans la première colonne, chaque personne est amenée à cocher tous ses talents.

– dans la deuxième, elle coche, parmi ces derniers, ce qu’elle aime réellement faire, les talents dans lesquels elle s’épanouit vraiment.

– dans la troisième, elle coche au grand maximum 5 talents qu’elle aimerait mettre au service de l’école et/ou de sa classe durant l’année.

Pour l’école et pour chaque classe, il y aurait la possibilité d’accéder à un répertoire de talents suivis de noms, que tous les acteurs de l’école seraient amenés à consulter.

En ce qui concerne chaque classe, une activité pourrait se faire au début d’année avec le titulaire afin que chacun puisse partager ce qu’il pense déjà savoir de lui à ce moment-là.

 

 Dans la pratique, quelques exemples :

 

Donner des exemples dans ce domaine est très réducteur parce que presque tout deviendrait possible à tous niveaux.

 Je suis directeur et je me rends compte qu’un de mes professeurs de math est engagé dans la défense de l’environnement. Je voudrais créer un projet d’école autour de ce thème. Je lui demande de bien vouloir collaborer avec moi dans ce domaine. Que peut-il nous apporter concrètement ? Y a-t-il des élèves qui rêveraient de se joindre à un projet de ce type ? Etc.

Je suis directeur et j’apprends qu’un de mes professeurs de français est très créatif. Or, les professeurs d’art ont justement besoin de soutien pour réaliser un projet qui leur demande davantage de participants. Serait-il prêt à renforcer les troupes ?

Je suis directeur et je sais qu’un de mes professeurs adore bricoler…

Je suis directeur et je sais qu’un des professeurs a les capacités et l’envie de rassembler de nombreuses personnes autour d’un spectacle d’école ou d’un projet humanitaire, etc.

 

Je suis professeur et je me rends compte qu’un de mes collègues peut m’aider dans un domaine qui m’attire et pour lequel j’aimerais me former davantage.

Je suis professeur et je voudrais former une petite équipe de gens passionnés dans un domaine précis…

Je suis secrétaire et je voudrais réussir une belle fête à l’école pour telle occasion… J’ai une idée précise des talents dont j’aurais besoin, pour l’animation, la décoration, etc.

Je suis comptable et je découvre qu’un élève aimerait se tester dans un domaine où il pourrait vraiment me donner un coup de pouce de temps en temps à ses heures de fourche.

Je suis ouvrier et je voudrais qu’un élève ou un professeur qui adore bricoler vienne m’aider de temps à autres….

Je suis professeur et je voudrais créer un projet avec ma classe. J’aimerais me laisser interpeller d’abord par les forces et les envies de tous avant d’imposer une idée trop rigide.

Tel élève ne réussit pas bien chez moi. Par contre, j’apprends qu’il a de grands talents en judo. Cette découverte me permet de ne pas me focaliser sur ses limites dans mon cours, mais de m’intéresser à ses forces vives.

 

Je suis un élève et je voudrais former un groupe de musique ou un spectacle entre musique, danse, théâtre.

Je suis un élève et j’aimerais me faire aider en sciences. Je découvre, par le biais du répertoire, un plus grand qui se dit fort en sciences et apte à transmettre.

[1] On peut s’inspirer du tableau suivant : http://www.toilejeunesse.centre-du-quebec.qc.ca/client/uploads/Librairies/Fichiers/Mes%20aptitudes.pdf

Et les valeurs, bordel !

 

businesspme.com
businesspme.com

Entre l’école des savoirs et l’école des valeurs, j’opte résolument pour la deuxième, même si le propos mériterait d’être nuancé. Parmi les nombreux arguments à faire valoir, je ne peux qu’inviter chacun de nous à se poser les questions suivantes : qu’avons-nous réellement retenu des apprentissages dispensés à l’école en termes de savoirs proprement-dits ?  Comment avons-nous appris et intégré pour notre vie les connaissances qui nous sont nécessaires et dont nous nous servons aujourd’hui ?

S’il n’a pas pratiqué les mathématiques dans son travail, qui peut dire, hormis les passionnés, qu’il se souvient de ses cours ? S’il n’a pas voyagé, rencontré des étrangers, visionné des films ou lu des ouvrages, qui peut dire qu’il parle correctement la langue étudiée à l’école ? Qui pourra se targuer un jour de connaître par cœur les articles de lois que certains philosophes voudraient enseigner ? À l’inverse, combien parmi nous ont-ils appris une langue étrangère sur le tas, par besoin ou par plaisir ? Ou encore, combien parmi nous ont-ils le sentiment d’avoir décuplé leurs connaissances grâce à leur pratique professionnelle ou leurs passions ?

Face à ces observations, qui me paraissent sans appel pour démontrer que l’école ne peut pas être avant tout un lieu de transmission des savoirs, je conviens qu’il est important de s’interroger alors sur ce qu’elle nous a réellement légué. Là aussi, une « introspection » s’avère nécessaire, car les réponses positives peuvent s’avérer précieuses lorsqu’il s’agit de réinventer l’enseignement. Il n’est pas question, en effet, de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Pour cette raison, j’aimerais beaucoup que l’exercice soit pratiqué non seulement par nous tous, mais aussi par nos ministres, nos créateurs de programmes pédagogiques, ou encore nos professeurs d’agrégation. Sans doute serions-nous obligés de revenir à l’essentiel ?

Et l’essentiel, parlons-en ! Les savoirs intellectuels, mis aujourd’hui à la portée d’un simple clic sur internet, n’ont jamais empêché quiconque de nuire ou de perpétrer des actes barbares. Dans ce monde où l’individualisme et la compétition sont poussés à outrance, l’intelligence mentale ne rend pas heureux, et elle devient trop souvent un outil pour réussir à tout prix, c’est-à-dire même au détriment des autres. Où pouvons-nous nous interroger sur le sens de notre vie, de nos actions ? Où pouvons-nous encore apprendre à vivre harmonieusement ensemble, à faire de nos différences des richesses, à découvrir que nos performances se démultiplient lorsque nous associons nos forces, que nos joies sont plus intenses lorsque nous sommes tous heureux et non lorsque nous faisons partie d’un petit groupe de chanceux ? L’école ne pourrait-elle devenir ce lieu béni ? Un lieu d’expériences où l’on apprend en vivant, parce qu’on ne retient vraiment que ce que l’on a expérimenté…