L’enseignant, éveilleur d’identité

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Affirmer son identité, c’est être capable de dire et de vivre le « Je », en prenant humblement sa juste place, originale et créative, sans écraser l’autre ni le fuir.

Forger son identité, c’est s’engager dans une quête longue et complexe, de plus en plus subtile, qui peut sans doute être considérée comme le défi majeur des adolescents, même si elle se poursuit tout au long de l’existence. Face à cette route qui s’offre à eux, leurs chances de départ ne sont pas égales. Les difficultés, en effet, varient beaucoup selon la famille dans laquelle ils ont grandi, leur héritage culturel et social, mais aussi en fonction du regard que la collectivité aura porté sur eux et leur environnement.

Si l’école peut encore rendre un grand service à la société aujourd’hui, c’est bien celui de réparer les inégalités, en créant les conditions pour que chaque enfant, chaque jeune puisse redresser la tête, en développant la confiance dans sa singularité et en découvrant que l’on ne peut que se réjouir de la richesse engendrée par le partage des différences.

Une des missions principales de l’école consiste donc à INCARNER la tolérance, parce que l’enfant apprend avant tout par mimétisme et qu’il est davantage sensible aux attitudes de l’adulte qu’à son enseignement. Le professeur doit donc être un exemple d’ouverture.

Ensuite, de petits réflexes constants peuvent être facilement adoptés par chaque enseignant. Comme celui de favoriser très régulièrement des espaces pour que chacun soit écouté dans ses émotions, ressentis, ou idées.

Personnellement, à chaque début de cours, je fais passer un bâton de parole pour que chacun puisse tour à tour exprimer son sentiment du moment.

De plus, lorsque nous lisons un texte, écoutons un témoin, visionnons un documentaire, etc., nous nous transmettons également le bâton et ce, en deux temps : la première fois, nous traduisons l’émotion suscitée par l’activité. Et lors du deuxième passage, nous abordons les enseignements que chacun a pu retirer de l’animation.

Et je peux affirmer que ces simples habitudes ont transformé la manière dont mes élèves se présentent. Il y a quelques années, lorsque le caïd de la classe avait décrété que telle lecture était nulle, je savais que la partie était perdue et que tous les jeunes allaient abonder dans son sens. Or aujourd’hui, je me réjouis de leur capacité à partager des émotions et des avis, parfois aux antipodes les uns des autres, et j’éprouve énormément de plaisir à les féliciter, chaque fois que je le peux de cette présence forte et solide, comme j’ai pu le faire cette semaine encore.

Il reste néanmoins de très rares irréductibles qui mettront plus de temps à comprendre le message que je distille implicitement à travers mes cours. Ce sont souvent des jeunes qui croient avoir un bon esprit critique et ne prennent pas conscience qu’ils généralisent leur vécu. Dernièrement, l’un d’entre eux affirmait que ceux qui ne parlaient pas comme lui étaient des hypocrites. Dans pareil cas, je n’hésite pas à reprendre vertement mon élève en lui demandant s’il se prend pour le centre de la terre et en reprécisant le cadre dans lequel je désire que nous échangions.

Ces coups de gueule, qui ne visent pas la personne elle-même, mais bien son comportement, semblent très bien compris par mes classes et apparaissent tout aussi formateurs, pour autant bien sûr qu’ils soient occasionnels.

En tant qu’enseignants, nous avons donc à notre portée des outils tout simples et néanmoins extrêmement efficaces pour donner à chaque jeune la possibilité de se créer une identité respectueuse de lui-même et de tous ceux qu’il côtoie. Quelle chance nous avons là !

NB : Vous trouverez d’autres petites recettes qui permettent d’éveiller l’identité dans la catégorie « recettes ».

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